Pour une sexualité libre et gratuite

Pénalisation de la prostitution, légalisation de la prostitution

Texte de positionnement du groupe Albert Camus de Toulouse.

Le système prostitutionnel au cœur des systèmes de domination (sexiste, capitaliste et raciste)

La prostitution peut être considérée comme « l’usage, contre rémunération, du corps des femmes par les hommes, dans leur intérêt »1 ou bien comme une activité caractérisée par un contact sexuel, une rémunération liée à cette ‘prestation’ et la nature répétée ou habituelle de l’activité2. On parle de système prositutionnel ou de fait prostitutionnel car son existence et son évolution ne peut se réduire aux seul-e-s individu-e-s qui le composent.

La majorité des personnes qui se prostituent sont des femmes et la majorité des consommateurs sont des hommes. La prostitution offre la possibilité aux hommes de bénéficier d’un « service » sexuel marchand dans le cadre d’un rapport structurellement inégalitaire, où la sexualité n’est envisagée qu’au prisme du pseudo plaisir masculin. Il ne s’agit pas pour nous de nier la complexité des situations, tant du point de vue des profiteurs (clients, proxénètes) que des personnes prostituées, mais de resituer la prostitution dans le cadre d’un système global d’échanges économico-sexuels, avec ses profiteurs et ses exploité-e-s.

Un grand nombre des personnes prostituées sont issues de pays pauvres et sont sous la coupe des trafiquants et des proxénètes. Si les chiffres varient d’une étude à l’autre3, elles n’en constituent pas moins l’écrasante majorité des prostituées. On ne peut donc pas évoquer la question de la prostitution sans comprendre les raisons politiques et économiques qui conditionnent la traite des être humains. Les États sont les meilleurs alliés des proxénètes, en limitant les conditions d’accès à la nationalité par des contraintes juridiques complexes, plaçant d’innombrables personnes en situation de clandestinité. Les proxénètes en profitent allègrement, en instrumentalisant l’illégalité de l’immigration pour exercer des violences physiques et/ou symboliques envers les femmes migrantes (qui n’ont pas toutes pour projet de se prostituer4) et les mettre sous tutelle forcée.

Sous l’effet conjugué de la mondialisation libérale et d’une certaine libéralisation sexuelle, l’industrie du sexe s’est considérablement développée en Europe de l’Ouest. Ce commerce juteux comprend la prostitution sous toutes ses formes (les services d’escorte, les clubs de striptease, les « bars d’entraîneuses », certains « salons de massages », cyberprostitution …) la pornographie, le téléphone rose, les journaux et magazines spécialisés … Au total, ces différents échanges à caractère sexuel rapportent un chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de milliards d’euros au niveau mondial, certaines sociétés se payant même le luxe d’être cotées en bourse5.

Abolir la prostitution ou « nettoyer » les villes

Les conditions de vie sociale et économique, les politiques de limitation de l’immigration, les rapports sociaux empreints de domination masculine sont autant de raisons de voir aujourd’hui encore la prostitution exister et se développer.

Outre son caractère illusoire, la pénalisation sous toutes ses formes ne règle en rien les conditions socio-économiques des personnes prostituées et les rend davantage vulnérables.

Dans la droite ligne de la LSI de 2003 qui punit le racolage actif et passif et qui prétendait déjà protéger les prostituées, le gouvernement PS prétend combattre l’exploitation sexuelle en poursuivant les clients. Cette pénalisation n’a pour seul effet que de pousser à la clandestinité les personnes prostituées, de les reléguer loin des contrôles policiers et donc souvent dans des zones isolées où elles sont davantage soumises à la violence des clients. De plus, elles auront un accès plus difficile aux soins et aux aides proposés par les différentes associations qui agissent auprès des prostituées. Enfin, cette potentielle répression envers les clients obligera les personnes prostituées à proposer un service « au rabais » (rapports non-protégés, tarif à bas coûts) pour éviter une intervention policière6.

Derrière les discours faussement féministes du gouvernement, la nouvelle loi dite de pénalisation des clients aura pour unique effet de débarrasser les villes de la prostitution en espérant rassurer les électeurs-trices, sans se soucier des lourdes conséquences qu’elle aura sur les prostituées.

Légalisation de la prostitution : vers un capitalisme patriarcal

Les revendications de certaines personnes prostituées en faveur d’une légalisation de la prostitution qui permettrait d’obtenir les droits sociaux liés à tout travail licite, ne résolvent pas plus la question. Nous soutenons évidement les revendications tendant à demander que l’ensemble des individu-e-s bénéficient des mêmes droits sociaux élémentaires permettant à chacun-e de vivre de façon la plus décente possible dans ce système profondément inégalitaire. En revanche que ces droits sociaux soient liés à l’exercice de ce qui est nommé en l’espèce « travail du sexe » ne tient pas compte de l’ensemble des situations des prostituées.

S’il est caricatural de dire que toutes les prostituées sont dépendantes d’un souteneur, ou soumises à un réseau de traite, il est tout aussi faux de prétendre qu’elles bénéficieraient toutes des avantages d’une légalisation. Si la prostitution est exercée « librement » par certaines, elle reste un esclavage pour d’autres. Certaines prostituées disent en effet ne pas vouloir être enfermées dans un statut qui signifierait pour elles une légitimation d’une activité qu’elles exercent sous contrainte ou par contrainte. La légalisation de la prostitution légitimerait ce type d’activité en tant qu’activité marchande.

Puisque le système capitaliste et l’Etat en feraient un service légal, l’existence de ce service serait légitime. Les représentations machistes sur la sexualité masculine en seraient davantage confirmées : besoins naturels « irrépressibles » de sexualité, volonté de pallier aux carences conjugales… Ce service s’intégrant dans une économie capitaliste, il devient technique, se transforme en loisir où le client choisit sa prestataire selon le meilleur rapport qualité/prix. Le client peut même s’il le souhaite, comme l’ont écrit certaines prostituées, acheter uniquement un échange verbal avec une travailleuse du sexe.

La prostitution transforme un rapport humain en rapport marchand et sa légalisation servirait l’industrie du sexe (cf. le développement des Eros center dans les pays qui l’ont réglementé). Elle ne résout en rien les conditions d’existence de beaucoup de prostituées qui ne pourraient bénéficier d’un statut parce que sans papiers ou victimes de réseaux mafieux.

La légalisation aurait par ailleurs des conséquences sur l’ensemble des femmes et des individu-e-s. S’il est possible pour quelques femmes d’en faire leur travail indépendant ou salarié, il sera alors possible que le système exige que n’importe quelle femme exerce potentiellement ce travail là (les annonces Pôle emploi pour des emplois d’hôtesse nous prouve qu’il ne s’agit pas de politique-fiction).

Travail du sexe : le trompe-l’œil d’une sexualité libérée

La prostitution repose sur le fondement patriarcal de nos sociétés qui institue une socialisation des hommes comme dominants. Dans cette socialisation on apprend aux hommes qu’il est possible de payer pour vivre leurs sexualités. La prostitution s’appuie sur la représentation séculaire du désir masculin en termes de besoin. En témoigne la mise en place des bordels de campagne, ou les services que l’industrie du sexe est capable de mettre en place autour des événements sportifs, ou même plus récemment la façon dont le débat sur la demande d’assistant sexuel auprès des personnes handicapées a pu dériver. Observons qu’il n’y a pas d’équivalent proposé aux femmes. Cette représentation sur la sexualité des hommes qui serait, un besoin, qui plus est un besoin que la société toute entière doit se soucier d’assouvir est particulièrement tenace. Il s’agit d’une légitimation d’une sexualité déresponsabilisée des hommes. Des femmes sont mises à disposition des hommes pour assouvir leur soit disant « besoin » alors qu’il s’agit de désir, désir qui s’exerce dans un contexte social et économique inégalitaire entre les hommes et les femmes, donc inégalitaire dans le rapport prostitutionnel.

La socialisation des femmes en dominées, elle, repose sur l’idée qu’il y a de bonnes et de mauvaises femmes : les bonnes étant celles qui sont hétéro, mères ou s’apprêtent à le devenir, disposées à faire fonctionner le privé en y travaillant ou en y faisant travailler d’autres femmes et qui, pourrait-on ajouter dans notre société occidentale, restent belles mais pas trop…

Les mauvaises femmes bien évidemment sont celles que l’on stigmatise, celles qu’il ne faut surtout pas devenir : les « putes ». Ces dernières sont seules tacitement autorisées à afficher sans limite leur corps et la promesse d’une sexualité qu’elles vendent comme étant la leur mais qui est surtout celle des hommes-clients. La prostitution témoigne donc de cette division entre femmes, produite par le système de domination masculine. Outil de hiérarchie donc, qui freine voire empêche toute solidarité.

Afficher une sexualité marchande représente-il une libération sexuelle pour tous et toutes ? La transformation d’un acte sexuel en service sexuel rémunéré a depuis toujours servi le morcellement des corps et une érotique mécanique. La prostitution a nécessité la codification des actes sexuels pour en définir leur valeur marchande. Elle divise les corps en parties ayant une plus ou moins grande valeur ajoutée, en parties sur lesquelles il faut exercer son érotisme. Comment voir une libération dans cette Economie du corps. Si cette vision de la sexualité l’emporte, si elle devient légale, il est à craindre qu’elle ne devienne encore un peu plus la norme. Le conservatisme sexuel l’emportera au dépend d’une libération sexuelle de tous les individus.

Si la prostitution n’est pas seulement exercée par des femmes, des transgenres ou des hommes homosexuels, ce sont bien des hommes qui en sont quasi exclusivement les clients et des hommes qui sont presque toujours les proxénètes. Cette dissymétrie conforte l’emprise masculine sur le corps des femmes, cet accès au corps des femmes à des fins jouissives, composante majeure de la hiérarchie.

La prostitution : l’affaire de toutes et tous

L’abolition de la prostitution ne peut se proclamer du jour au lendemain et ne se réglera pas par une quelconque pénalisation, fusse-t-elle des individus qui ont une responsabilité évidente dans son existence, les clients. Les propos moralistes qui consistent à stigmatiser la prostitution en la qualifiant d’activité honteuse ou à simplifier les situations qui ont amené les personnes à entrer dans la prostitution ne régleront pas davantage cette question sociale.

La prostitution est le produit des systèmes de domination tout autant qu’elle alimente ces systèmes. Aussi, il est important de distinguer la question politique que pose la prostitution de la question sociale que posent certaines prostituées. Si la prostitution représente pour la plupart un moyen de subsistance et pour certaines une activité exercée « librement », elle est aussi un moyen concret et symbolique de soumettre l’ensemble des femmes à l’ordre sexuel dominant. Il s’agit donc d’une question qui concerne tou-te-s les individu-e-s et plus particulièrement l’ensemble des femmes.

Pour une sexualité libre et gratuite

Il ne s’agit évidemment pas de réprimer le fait que certain-e-s individu-e-s et en particulier des femmes passent leur temps à avoir une activité sexuelle affichée, plurielle dans ses formes comme dans ses partenaires. En dehors de tout système de domination, il s’agirait là de libertinage. Mais le libertinage n’a rien de comparable à un service sexuel surtout quand celles qui le pratiquent le revendique comme « travail du sexe ».

Par sa construction sociale et historique la prostitution et/ou le travail du sexe s’ancrent dans une démarche de marchandisation d’un service sexuel répondant aux exigences normatives du système patriarcal. Si les maux du capitalisme et du patriarcat ne se guérissent pas à coup de lois, certaines les creusent un peu plus. Un statut légalisant la prostitution enfermerait davantage tous les individus dans l’ordre sexuel dominant.

Sur cette question comme sur les autres, les revendications immédiates ne peuvent s’envisager qu’au regard du projet politique anarchiste à long terme. Réglementer la prostitution c’est concéder à l’État une légitimité pour légiférer sur le statut du corps et de la sexualité.

Est-ce que l’on veut la généralisation de la forme prostitutionnelle des rapports humains ou veut-on persévérer dans l’action transformatrice de la société et des rapports sociaux ?

Aujourd’hui face à la précarité sociale et économique, seule la régularisation de tou-te-s les sans-papiers, le refus de toute autre forme de pénalisation de la prostitution, l’égalité économique et sociale pour toutes et tous permettront de lutter contre l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes.

1 http://www.sos-sexisme.org/infos/systeme.htm

2 http://www.sos-sexisme.org/Prostitution%20SITE.htm

3 70% selon le rapport Prostitution et Mondialisation. Mondialisation des origines, hétérogénéité des parcours et processus identitaires, Saïd Bouamama (dir.), Jessy Cormont, et Yvon Fotia, IFAR, Amicale du Nid, Altair, RAIH, Paris, Amicale du Nid, 2007, p. 117 (en ligne : http://sereconstruireetsinserer.e.s.f.unblog.fr/files/2008/05/interieur.pdf)

4 Ibid. (voir source précédente)

5 http://www.argent-sexe.com/cac-40.html

6 http://www.alternativelibertaire.org/?Clients-de-la-prostitution

Tout ce qui n’est pas oui c’est NON – De la solidarité entre dominants à la complaisance : la double peine pour les victimes

L’affaire DSK, comme symbole du sexisme et révélateur de la complicité de classe

Solidarités masculines, de classe, complaisances, confusions, propos sexistes et misogynes, voilà ce qui apparaît dans les médias quand un patron du FMI est accusé de viol par une femme de chambre. La tonalité des commentaires sur l’affaire DSK est symptomatique d’une société qui maintien le viol dans le tabou et protège les puissants. Elle aura mis en lumière le mépris à l’égard de la parole des femmes et la solidarité de classe qui domine l’espace public.

La complicité de la presse bourgeoise :

Dans la bouche de journalistes, d’ex patron de presse ou de politicien-nes, la spontanéité des réactions en dit long : DSK serait un « libertin », un « séducteur », il ne s’agirait pas d’un viol mais d’un « troussage de domestique », ou encore cette réaction spontanée d’une ancienne présidentiable qui dit d’abord « penser à l’homme ». Pour se justifier, les directeurs de journaux évoquent le « mur de la vie privée » ou celui de la « chambre à coucher ».

Quand les associations féministes tentent de porter une parole sur les violences faites aux femmes, elle est écrasée par la masse de propos de ceux et celles qui ne s’intéressent qu’aux conséquences politiciennes de cette « affaire ». Bon nombre de journalistes français refusent de faire leur boulot en ne lisant ou en n’écrivant pas les chefs d’inculpation contre DSK. Propos particulièrement symptomatique de ce qui est à l’œuvre dans cette affaire et comme dans toutes les histoires de viol, on ne pense pas à la victime.

L’invisibilité de la parole des femmes

Dans l’affaire DSK, comme dans d’autres, la victime est invisible, les conséquences de ce crime sur elle ne sont pas dites et quand elle est citée dans les médias, sa parole est mise en doute. Les propos sexistes et les hypothèses les plus extravagantes se succèdent : elle serait trop « laide » pour être violée, trop belle donc forcément prostituée, tantôt manipulatrice pour gagner de l’argent, tantôt l’instrument d’un complot international pour piéger le directeur du FMI. Sa vie privée et son histoire personnelle sont disséquées par la justice américaine et exposées dans les médias qui s’en gargarisent. Elle se doit d’être une « bonne victime » pour être crue, une « sainte vierge » qui n’aurait pas vécu et qui n’aurait jamais menti.

Mais les propos tenus dans cette affaire ne sont pas exceptionnels. Les victimes de viols ont à subir, en plus de l’agression, la double peine de l’omerta, du dénigrement de leur parole, de la banalisation de l’agression, de la critique de leur comportement pendant l’agression ou des complaisances ou autres excuses envers l’agresseur. « Le viol est le seul crime ou la victime se sent coupable » dit Clémentine Autain, peut être notamment parce qu’il est aussi le seul crime où la victime est soupçonnée.

Le viol : une affaire de domination masculine

Dans la plupart de ce que la presse considère comme des «faits divers », les journalistes recherchent et mettent en avant le côté sordide lorsqu’il s’agit d’affaire de viol. La population s’effraie de cette violence et les politiques nous pondent toujours plus de propositions de lois répressives, comme une solution miracle. Mais qui évoquent la cause profonde des histoires de viol ? Qui rattache ces histoires à une analyse politique de la domination masculine ? Les violences sexistes et sexuelles sont le quotidien des femmes !

Les viols ne sont pas des accidents isolés, commis par des déséquilibrés ou des fous. Le viol fait partie des violences masculines, et ces violences sont un moyen d’instiller la peur chez toutes les femmes et de les contrôler.

La très grande majorité des auteurs de viols sont des hommes (96%) et la très grande majorité des victimes sont des femmes (91%). En France, 16% des femmes ont subi un viol ou une tentative de viol (59% alors qu’elles étaient mineures) et 5% des hommes (dont 67% quand ils étaient mineurs)i.

Il y a 206 viols par jour en France. L’endroit le plus dangereux pour les femmes n’est pas l’espace public, un coin sombre dans un parking, la rue la nuit, contrairement à ce que l’imaginaire véhicule. C’est dans la sphère privée que la plus forte probabilité d’être violée existe. 80% des victimes de viol connaissent l’agresseur. C’est le conjoint, le père, le frère, le voisin ou le collègue.

Le violeur est « Monsieur tout le monde », il n’y a pas de profil type et c’est encore moins le psychopathe de service. L’actualité donne encore une pathétique illustration de ce préjugé selon lequel le violeur serait malade.

Mais les expertises réalisées par les psychologues ou psychiatres des tribunaux auprès des agresseurs sexuels nous disent que ce sont des hommes « normaux », intégrés à la société, qui ne sont pas des déficients mentaux, et 90% d’entre eux n’ont pas une pathologie particulière justifiant la barbarie de leur acte.

Les violeurs sont de toutes les classes sociales. Ce n’est donc pas non plus la pauvreté qui explique cet acte. Le collectif féministe contre le viol qui recueille la parole des victimes via un numéro d’écouteii montre dans une étude récente qui porte sur 300 agresseurs que 23% sont dans les professions médicales et paramédicales, 17% dans l’enseignement et l’animation, 13% ont des responsabilités d’encadrement et 10% sont issus des métiers de la loi et de l’ordre.

On ne s’étonnera pas cependant de ne pas retrouver dans les dossiers de cour d’assises une plus forte proportion de condamnation d’auteurs issus des classes sociales dominantesiii. La justice de classe dans les affaires de viol condamne essentiellement les agresseurs issus des classes populaires. On peut aussi supposer que les victimes issues des classes sociales aisées portent moins plainte par peur du scandale ou de la déqualification sociale.

L’Etat, la police et la justice participent au contrôle de la vie des femmes. 10 000 plaintes pour 75 000 viols et 2 000 condamnations pour 10 000 plaintes… Qu’arrive-t-il aux autres ? Pourquoi les 8 000 autres plaintes n’ont pas abouti ? Ces femmes étaient-elles toutes des menteuses ?

Ce qui est au centre de l’acte de viol c’est la volonté et l’expression de la domination masculine. C’est une démonstration de pouvoir dont le seul objet est de soumettre l’autre, de l’humilier, de la déshumaniser, de nier son individualité et sa part de liberté. C’est un acte d’appropriation du corps des femmes et des dominés. Il est le mépris du consentement et de la libération sexuelle des femmes parce qu’il confisque la liberté de choix, il permet d’atteindre de force l’intimité des femmes, de les contrôler et de les culpabiliser.

Le viol : « une petite mort »

Dans une société qui pense avoir accompli la libération sexuelle et atteint soit disant l’égalité entre les hommes et les femmes, les préjugés persistent sur le comportement qu’est censé avoir une femme pour se protéger d’une agression ou l’éviter. Les femmes qui ont subi un viol s’entendent dire qu’elles auraient dû savoir dire non à leur mari violeur, se défendre, crier, appeler au secours ou mordre le sexe de l’agresseur… Ces injonctions à être « la bonne victime » entretiennent la culpabilité des femmes qui ont ou qui subissent régulièrement une agression sexuelle et le silence qui l’entoure. Elles témoignent de la méconnaissance de ce qui se passe pendant ce type d’agression. Les femmes qui osent courageusement briser le silence sur ce qu’elles ont vécu disent dans quel état de sidération et de peur elles étaient pendant l’agression. Beaucoup pensent qu’elles vont mourir. Nul besoin de coups ou d’armes pour paralyser quelqu’un, la pression psychologique ou les menaces suffisent. Le viol a ceci de particulier que l’émotion vécue pendant l’agression est présente à chaque évocation de celle-ci.

Pour les victimes de viol, il y a un avant et un après l’agression. Beaucoup parlent d’une « petite mort ». Les conséquences sont nombreuses sur la vie des victimes : la perte de confiance en soi, la peur permanente, le stress post traumatique, la désaffiliation sociale, les troubles de la sexualité, les problèmes de couple ou dans l’emploi. La santé peut être également altérée de façon grave, des troubles psychiatriques, des problèmes cardio-vasculaires, des addictions peuvent apparaître. Les suicident ou les morts précoces ne sont pas rares chez les victimes d’agression sexuelle.

Tout ce qui n’est pas oui, c’est NON

La persistance d’agressions sexuelles et de viols dans notre société questionne la libération sexuelle. Parce que n’importe quelle femme peut être violée ou subir une tentative de viol, ce droit à avoir une sexualité libérée n’existe pas complètement. Or, dans les représentations collectives, le préjugé selon lequel la libération sexuelle est advenue pour toutes, est tenace. Il reposerait désormais sur les femmes de savoir dire non. Le mouvement des femmes des années 70, qui nous a apporté un certain nombre de fondamentaux, comme « Céder n’est pas consentir », est malheureusement trop oublié.

Il est temps de ne plus faire reposer la question de l’expression du consentement seulement sur les femmes. C’est aux hommes à qui revient la responsabilité de comprendre que tout ce qui n’est pas oui, c’est non.

Janvier 2012 – Lénaïc (du groupe Albert Camus -Toulouse) – Zora (CGA Lyon)

i (enquête CSF 2006 Ined/Inserm

ii SOS viols femmes informations 0800 05 95 95 FREE

iii Le viol, aspect sociologiques d’un crime, La Documentation française, 2011

Vous avez dit laïcité ?

Vous avez dit laïcité ?

Pas un jour, pas un journal télévisé sans qu’il soit question de religion. Au pays de la séparation des Églises et de l’État, la religion, les religions, qu’on aurait pu croire renvoyées à la sphère privée, ne cessent d’envahir la sphère publique.

Les religions et les pratiques religieuses occupent de manière récurrente le devant de la scène médiatique à tel point que les journalistes ne savent voir et analyser les événements qu’à travers le prisme des religions.

L’influence des religions sur la vie des citoyens est indéniable. A droite comme à gauche, il ne faut pas gratter beaucoup pour faire apparaître des considérations qui relèvent plus du catéchisme religieux que d’une morale républicaine, si tant est qu’il en existe une.

L’illusion de la laïcité ne résiste pas à la simple observation des faits et des comportements. La République est dans le religieux et les religions sont dans la République. Le projet de loi visant à interdire le port du voile intégral, présenté en conseil des ministres, prévoit « un stage de citoyenneté » pour les personnes concernées.

Qui instrumentalise ? Qui manipule ? Allez savoir ! En tout cas, quand le Président de la République multiplie les signaux d’allégeance à l’église catholique et revisite la laïcité en la transformant en un œcuménisme opportuniste et politicien on voit bien que Dieu et l’État font toujours bon ménage.

Les religions nous oppriment

L’actualité de ces dernières années s’est beaucoup focalisée sur les manifestations plus ou moins spectaculaires de l’intégrisme musulman : guerres, dictatures féroces, droits de l’homme et de la femme bafoués en permanence, condamnations à mort, lois islamiques, vitriolages, etc.. A chaque fois des hommes s’arrogent le droit de juger, de châtier, de tuer, de mutiler, d’emprisonner au nom du prophète, tout comme le faisaient en leur temps les inquisiteurs de l’église chrétienne.

Les autorités catholiques font mine de découvrir aujourd’hui les abus sexuels commis en toute impunité sur des générations d’enfants qui leur étaient confiés pour être catéchisés. Les mêmes autorités qui condamnent l’homosexualité, qui partent en guerre contre le droit à l’avortement et à la contraception.

Torah, Bible, Coran, tout est bon pour régenter nos vies, codifier, contrôler, enrégimenter, moraliser, asservir au nom de Dieu, de ses représentations et de ses interprétations. Dès le plus jeune âge les religieux bourrent les crânes des enfants pour mieux les asservir à la pensée divine. L’oppression religieuse écrase le monde depuis des siècles.

Athée : pour penser librement

«Dieu est, donc l’homme est esclave. L’homme est libre, donc il n’y a point de Dieu. Je défie qui que ce soit de sortir de ce cercle, et maintenant, choisissons.» écrivait Michel Bakounine.
Tous les espoirs sont permis et tout devient possible dès lors qu’on a fait le choix d’être et de penser librement. Il n’y a en effet pas de liberté possible si l’on admet la domination divine. C’est sans conteste ce qui fonde l’athéisme. C’est évidemment ce qui le met au fondement même de la pensée anarchiste.

On comprendra aisément que, dans des sociétés fondées et organisées sur des rapports de domination, le fait athée soit délibérément écarté, rejeté, nié voire réprimé. Pourtant les athées sont nombreux et même de plus en plus nombreux. C’est le constat qui est fait régulièrement dans les sondages réalisés sur ce sujet, notamment les sondages CSA-Le Monde des Religions.
Ceci étant, force est de constater que les athées sont peu visibles : il y a donc des efforts à faire pour que l’athéisme ait droit de cité.

Athée Pride : pourquoi pas ?

L’hégémonie du religieux est telle qu’il est difficile d’être athée et de le revendiquer. La dictature du politiquement correct fait qu’aujourd’hui la critique de la religion peut facilement être assimilée à de l’islamophobie, de l’antisémitisme, du fanatisme anti-religieux.

Nous aurions sans doute beaucoup à gagner en produisant et en popularisant un discours qui soit plus un plaidoyer pour l’athéisme qu’une charge anti-religieuse. Plutôt que de nous limiter à faire la guerre idéologique à nos adversaires, ce qui reste nécessaire, nous serions bien inspirés de nous exprimer sur le bien-fondé de la pensée sans dieu.
A l’instar de la Gay Pride, journée de la fierté gay, nous pourrions lancer l’idée de l’Athée Pride. Ce serait l’opportunité de sortir le fait athée de la sphère privée pour le mettre sur la place publique. Ce serait l’occasion de promouvoir l’émergence d’un autre futur : sans domination d’aucune sorte.

Si l’on retient l’idée du défilé carnavalesque, il va falloir se creuser les méninges pour concevoir une allégorie de l’athéisme !
Alors ? Chiche ? On cherche une date et on en reparle.

Toulouse mai 2010,
Jérôme – Groupe Albert Camus