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Convergence des luttes : faisons dérailler le train-train !

Chaque année où des mouvements sociaux se déclenchent, les syndicats alternatifs nous ressortent de leur tiroir leur rengaine sur la convergence des luttes. L’idée en soit serait même plutôt séduisante, si elle n’était pas à la fois incantatoire et dénuée de substance.

Il s’agit ici de faire une critique constructive de cette démarche, souvent impulsée par des syndicats dits « de lutte » qui vise si on en croit leurs porte-drapeau à faire se regrouper des luttes afin d’être « plus nombreux, donc plus forts face aux gouvernements ». La convergence des luttes se borne à cet égard souvent à tenter de faire juxtaposer des luttes à caractère corporatiste dans l’espoir qu’une multiplication des fronts soit porteuse de victoires sociales. Sans caricaturer non plus ces organisations en leur prêtant une analyse indigente, nous ne pouvons que mettre en exergue les limites du « tous ensemble » comme une volonté unitaire nivelée par le compromis, vide de sens révolutionnaire, à défaut d’avoir une direction au mieux réformiste.

Tentative de bilan critique de la « convergence des luttes»

D’aucuns mettront en exergue en premier lieu, que si la convergence des luttes ne prend pas réellement, c’est du fait du blocage systématique des bureaucraties syndicales. On ne peut effectivement qu’abonder dans ce sens, en ne se privant pas néanmoins de préciser que c’est là leur raison d’exister en tentant aujourd’hui de garder le monopole de l’expression des mécontentements. Pour cela il leur faut canaliser toute forme de révolte qui entendrait se soustraire ici et maintenant à leurs directives, coloriées de paritarisme et de collaboration de classe.

Aujourd’hui, même si la démarche visant à appeler à la convergence des luttes apparaît comme l’unique forme, se voulant radicale, d’un dépassement de la spirale de défaite dans laquelle est embourbée le mouvement social, elle n’en sort pas pour autant des formes figées de la contestation. Elle reste diligentée souvent par des appareils syndicaux, même s’il s’agit d’appareils alternatifs comme les SUD.

Malgré tout, on peut apporter à ce propos critique, une touche d’optimisme, du fait que dans de nombreuses grandes villes des tentatives de dépassement de ces formes figées de la lutte ont eu lieu au printemps dernier. Ces tentatives peuvent être illustrées par un recours récurrent aux blocages économiques portant la volonté de vraiment faire mal au système en neutralisant ponctuellement ses flux économiques et humains (gares, transports, voies publiques, routes…) Et même si on peut toujours en relativiser l’impact, ces actions entendaient porter atteinte à l’impunité économique et à l’apparente pacification sociale. Pour le coup, de même que pour les comités d’usagers solidaires des grévistes du rail, il s’agit plus d’actions menées par des militants actifs des divers secteurs en lutte que d’une réelle convergence. On pourra toujours nous objecter leur caractère minoritaire, et le peu de résonance qu’elles ont pu avoir chez les autres salariés où précaires, elles ont en tous cas régulièrement pris pour cible le système économique et son protecteur étatique, et représentent clairement une tentative de sortir d’une forme de contestation sclérosée.

Dans ce sens, des collectifs comme l’Interlutte à Toulouse, ont vu le jour. Ce collectif avait pour modeste ambition d’ouvrir un espace de rencontre pour les divers acteurs des luttes, comme préalable à toute convergence. L’Interlutte a ainsi tenté par le maintien d’assemblées générales hebdomadaires, et une articulation quasi systématique entre réflexions et actions directes, de faire émerger une pratique autonome de la lutte sociale anticatégorielle plus que inter-catégorielle.

Nous ne pouvons pas non plus éluder les luttes ouvrières où d’autres formes de liens ont été tissés, même s’ils n’ont pas pris le nom de « convergence ». Là aussi, même si les pressions et la répression ont eu raison de la résistance des ouvriers en grève, ces derniers n’en ont pas moins tenté et souvent réussi de construire des ponts entre leur lutte respective comme on a pu le voir entre les ouvriers de Freescale et de Molex, où les grévistes se rendaient régulièrement aux piquets de grève des uns et des autres. Pour citer un autre exemple, il y eut aussi les tentatives de regroupement des usines en luttes du secteur des métaux, souvent impulsée par des syndicats oppositionnels de la CGT. Cela en fit souvent une pratique de solidarité émanant de la base plus qu’une convergence, qui entendait extirper la lutte de son isolement aussi généré par la totale incurie des divers syndicats. Cela permit entre autres de mettre en avant autre chose que la revendication locale, de raviver l’affrontement de classe en mettant en avant la solidarité ouvrière contre les patrons, voyous ou pas, sans oublier au passage les parasites actionnaires.

Penser le dépassement

Ces exemples, aussi différents que la solidarité de classe, ou les collectifs d’individus en lutte, nous incite à entrevoir et penser un dépassement des formes figées de la contestation. Cela signifie oeuvrer pour un dépassement des syndicats qui trop souvent entretiennent la pacification des conflits sociaux. Pourtant, historiquement les Bourses du travail regroupant les syndicats locaux dans un esprit interprofessionnel, portaient réellement un dépassement du corporatisme. Aujourd’hui à l’intérieur d’une même confédération, il ne reste plus que des traces de cette solidarité interprofessionnelle.

Nous devons alors défendre l’autonomie des luttes, seule possibilité d’avoir un maximum de chances de gagner.

L’objectif ne doit donc pas se borner au « tous ensemble » cher à l’extrême gauche, mais porter en lui le mépris de l’autorité, identifier les ennemis et vouloir en finir avec eux et le monde catastrophique qu’ils gouvernent. Voici l’horizon vers lequel doivent tendre nos combats, et ce sans aucune espèce de croyance en un grand soir messianique.
Le constat est que les divers mouvements portant l’idée de convergence, tout aussi sincères furent-ils, n’ont en rien sorti la contestation du chemin que lui a balisé le pouvoir, l’encristant encore plus dans la spirale de la régression sociale. Plus que d’une convergence nous avons régulièrement affaire à de la juxtaposition, au nom d’attaques ayant la même source, mais en ne mettant que trop rarement en cause l’aspect corporatiste.
Même du côté des luttes étudiantes, qui sont encore des espaces propices à l’expression révolutionnaire où la volonté de converger semble la plus affûtée, le corpus revendicatif reste malgré tout beaucoup trop catégoriel.
Tout cela fait de la « convergences des luttes » telle qu’elle est portée, une somme de couleuvres avalées au nom de la sacro-sainte unité et du nombre qu’elle porterait en elle.
Les regroupements doivent se faire hors du compromis et en pensant la convergence non pas comme le moyen de satisfaire les diverses revendications catégorielles portées par les secteurs en lutte mais comme la méthode qui fait voler en éclat le repli corporatiste, impasse du mouvement social, et permet de porter le fer classe contre classe, par une pratique désaliénée.

Même si la situation actuelle du mouvement social ne paraît pas propice à une réalisation effective de ce dépassement des formes de lutte figées, comme de celui des syndicats qui canalisent bon an mal an les colères, les antagonismes de classe apparaissent néanmoins comme plus que jamais à vif.

De recomposition de la gauche en création de nouveau parti, les politiciens entretiennent les illusions démocratiques et essaient de surfer sur la vague des mécontentements et de la misère sociale. Un autre futur passera par un autre biais, par la capacité des individus à s’auto-organiser en dehors et contre la politique.

Ainsi, la radicalisation des luttes ouvrières avec l’identification du patron comme un ennemi, le retour d’ « illégalismes » mettant la lumière sur des conditions d’existence de plus en plus insoutenables et l’intensification des luttes à caractère autogestionnaire représentent diverses tentatives de répondre à la violence de l’Etat et du capital, même si elles sont peu fructueuses pour le moment. Ces tentatives sont encourageantes et doivent servir de base pour les conflits à venir en gardant comme pratique l’interaction constante entre les objectifs émancipateurs qu’on se fixe et les moyens autogérés auxquels on recourt.

Groupe Albert Camus

La crise : une affaire de dividendes

Depuis l’éclatement de la dernière bulle boursière, les industriels déroulent toutes sortes de plans avec pour seul objectif celui de maintenir la profitabilité de leurs entreprises. La « crise » est arrivée à point nommé pour leur permettre de justifier la continuation et l’aggravation de politiques mises en oeuvre depuis plusieurs années. Depuis une dizaine d’années en effet les cibles de bénéfices nets après impôts se conjuguent à deux chiffres : 10 % de bénéf sinon il faut tailler dans le lard !

Délocalisations, multilocalisations, concentrations, fusions, fermetures de sites vont bon train pour satisfaire la voracité des « actionnaires ».

En France la mise en œuvre de la semaine de 35 heures a déjà été le prétexte de gains colossaux de productivité, au mépris la plupart du temps de la santé physique et mentale des salarié-es. Les cadences infernales, la pression du résultat sont devenus ou redevenus le lot quotidien de millions de travailleurs. Le « stress au travail » est devenu un phénomène de société, objet d’étude incontournable pour la médecine du travail. Du « travailler moins pour travailler tous » on est très rapidement passé au « travailler plus pour produire toujours plus ».

Pour faire passer la pilule les patrons ont développé la culture du résultat financier. Qualité et Productivité sont devenus à grand renfort de formation et de propagande l’affaire de toutes et de tous. Les salariés se sont transformés en collaborateurs étroitement associés à la performance de l’Entreprise. Individualisation des carrières, progression et augmentations au mérite, tout a été fait pour que chacun et chacune des employés se croient partie prenante des bons résultats, obtenus au prix de l’effort collectif.

Il n’est pas étonnant que dans ces conditions, les salarié-es victimes des plans de licenciements massifs de ces derniers mois se sentant floués par ceux-là mêmes qui ne tarissaient pas d’éloges sur leur efficacité au travail, réagissent vivement. Bon nombre des entreprises qui licencient, en particulier les grandes, le font pour maintenir et même pour augmenter la croissance de leurs bénéfices.

Licenciements : faire payer les patrons

Ceux et celles qui n’ont jamais été dupes des beaux discours du patronnat se voient rejoints par les arnaqués de la crise et même par les déçus du « travailler plus pour gagner plus ». Ecoeurés par les frasques des traders et autres golden boys, trompés et abusés par leurs patrons, les licencié-es ne se font pas d’illusions. Contrairement à ce que l’on voyait il y a quinze ou vingt ans, plus personne aujourd’hui ne se mobilise pour « la sauvegarde de l’emploi et de l’outil de travail ». L’objectif pour celles et ceux qui sont jetés dehors comme des kleenex, c’est de faire payer les patrons. Partout il s’agit en fin de compte de faire cracher des indemnités de licenciement les plus élevées possible. C’est la moindre des choses en effet que de vouloir faire payer payer les patrons : ceux-là mêmes qui lorsqu’ils se font virer partent avec des parachutes dorés et qui se gavent depuis toujours sur le dos du plus grand nombre. C’est ce constat sans aucun doute qui provoque l’indignation des licencié-es et aussi de ceux qui vont rester pour se taper le boulot avec toujours plus de pression.

La colère et encore plus le désespoir sont à la source de la rudesse de bon nombre des conflits qui ont fait la une des journaux ces derniers mois.

Les confédérations syndicales, se retranchant habilement derrière l’indépendance et la responsabilité des sections syndicales, se gardent bien cependant de relayer et d’amplifier les exigences légitimes des salarié-es en lutte pour leur survie matérielle et pour leur dignité. Pourtant les manifestations des premiers mois de 2009 ont bien montré qu’il y a du potentiel en terme de mouvement social dans notre pays, ce qui est plutôt porteur d’espoir. Elles ont montré également, ce qui est plutôt désespérant, que la majorité des citoyens mécontents du sort qui leur est fait s’en remettent encore et toujours à l’unité syndicale et aux dirigeants des confédérations représentatives pour régler les problèmes à leur place, sans se soucier de l’institutionnalisation de plus en plus patente de ces structures. On connait la suite : les manifestations sans perspective se sont essouflées et les licencié-es se retrouvent chacun dans leur coin pour vendre leur peau le plus cher possible.

Le temps malheureusement joue pour les patrons et déjà la reprise s’amorce pour le plus grand bonheur des brasseurs de pognon. Les salarié-es quant à eux n’ont pas fini d’en baver.

Agir pour ne plus subir

Au vu des scandales financiers à répétition et des soubresauts politico-industriels que cela engendre, la tentation est grande de se dire que le système se prend les pieds dans le tapis. Le capitalisme serait voué à s’effondrer victime de ses contradictions. La presse en fait des gros titres et des dossiers pour vendre du papier et les marxistes de tous poils en font des tonnes pour se refaire une santé politique. Les agités du mégaphone n’en sont pas à une contradiction près : en même temps qu’ils nous annoncent la mort inéluctable du capitalisme, ils appellent à « taxer les patrons ».

En attendant que les patrons se laissent taxer, les exploité-es n’en finissent pas de payer la facture du 20ème siècle. Le mouvement ouvrier s’est fourvoyé en s’en remettant aux stratégies de la social-démocratie. Ceux qui n’étaient pas d’accord ont été laminés, écrasés sous les coups conjugués du fascisme et de l’hégémonie marxiste. La porte était grande ouverte pour le libéralisme économique dont nous subissons les effets quotidiennement. De guerres mondiales en révolutions trahies et perdues, l’idée même de Révolution sociale s’en est trouvée complètement décrédibilisée.

Même écrasés par la toute puissance du système capitaliste, il y a toujours de bonnes raisons de ne pas sombrer dans le pessimisme. Des femmes luttent en Afghanistan et ailleurs contre la domination masculine et l’oppression religieuse. Des sans-papiers se mettent en grève en Californie ou en France. Des sans-logis ouvrent des squatts. Des hommes et des femmes se rebellent et défient l’Autorité à Oaxaca et ailleurs. Il y a dans toutes ces luttes des dénominateurs communs : le refus de l’arbitraire, la lutte pour la dignité humaine, la lutte pour la liberté inaliénable de vivre et de s’épanouir, la lutte pour l’égalité des droits.

C’est une nécessité : il faut agir pour ne pas, pour ne plus subir. Il faut lutter pour en finir avec un monde fondé sur les inégalités économiques et sociales.

Lutter pour un autre futur

Les luttes auxquelles il nous est donné de participer actuellement sont quasi exclusivement des luttes défensives. Gagner dans ces conditions c’est bien souvent perdre moins que prévu ce qui n’est pas dynamisant. Dans les luttes que nous évoquions plus haut s’il est question de faire payer les patrons, il n’est pas question de remettre en cause la production et ses finalités. Force est de constater que les militants qui posent les problèmes en ces termes sont peu ou pas entendus du tout. L’émergence des préoccupations écologistes aurait pu être l’occasion de remettre en cause le productivisme effréné. Le système dominant a eu tôt fait de récupérer l’écologie : le vert se vend de mieux en mieux et devient une source de profit comme les autres. Quant à l’écologie politique, il lui reste surtout la politique : la politique autrement reste de la politique politicienne, celle qui compte ses voix et ses sièges dans les institutions.

Pourtant il n’y a pas d’autre alternative : pour construire un autre futur il faut contester non pas les effets mais les fondements du système. On ne construira pas une société juste et solidaire si l’on n’en finit pas avec le capitalisme, ce système qui repose sur l’imposture du productivisme à croissance infinie.

La question de la finalité de la production est en effet fondamentale : dans nos usines, dans nos quartiers il y a urgence à débattre du « qui produit quoi ?» et du « qui produit pour qui ?».

L’objectif premier de la production industrielle et agricole aujourd’hui n’est pas la satisfaction des besoins de l’humanité mais l’enrichissement d’une minorité de profiteurs. La puissance du système est telle qu’il est même en capacité de créer des besoins et d’orienter la consommation, pour mieux remplir les poches des nantis. C’est ce cercle vicieux du profit et des profiteurs qu’il faut casser.

C’est sur ce questionnement que nous pourrons jeter les bases de la Révolution sociale nécessaire pour construire une société fondée sur l’égalité économique et sur la solidarité.

Les partis de gauche ont depuis longtemps abandonné toute velléité révolutionnaire. L’extrême-gauche s’évertue quant à elle prendre la place laissée vacante par un parti communiste qui n’en finit pas de crever. Comme les autres, elle cultive l’illusion de l’électoralisme, pendant que les verts de toutes tendances cultivent la peur des changements climatiques. Tous autant qu’ils sont font le jeu du système en même temps que celui de leurs partis.

Comme le dit une chanson connue :

Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni césar, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !

C’est bien en prenant notre droit de choisir ce que nous produisons, pour qui et comment nous le produisons que nous pourrons construire un autre futur : libertaire et solidaire.

Jérôme, Groupe Albert Camus (Toulouse)

Printemps lycéen : impressions sur les luttes dans l’Éducation.

Léo et Numa sont lycéens en première au lycée Pierre d’Aragon de Muret dans la banlieue Toulousaine. Ils ont été très impliqués dans les luttes de mars/avril/mai 2008 sur un lycée qui est le plus important de l’académie Midi-Pyrénées.

I&AL : Léo et Numa, comment a débuté votre lutte sur le lycée Pierre d’Aragon?

Numa : Vers la mi-mars les professeurs ont commencé à débrayer des classes pendant 1 heure pour ne pas perdre de jours de salaire. Nous on avait déjà bougé auparavant sur les projets de lois « Pécresse » avec les étudiants et tout ça… Donc on a commencé par créer quelques AG pour se mobiliser puis on a mis en place quelques actions symboliques comme l’enterrement de l’Éducation au rectorat…

I&AL : Rapidement, vous avez essayé de structurer le mouvement pour toucher plus de monde sur le lycée?

Numa : « Structurer », il faut relativiser… On a fait pas mal d’AG, on a organisé des débats, des soirées interactives…

Léo : Une fois, on a organisé une « nuit d’occupation lycée » avec des débats/discussions entre les profs, parents d’élèves, élèves, et une autre fois, on a organisé une soirée mi-mai, jusqu’à 23h00, sur le même principe, pour se coordonner et réfléchir sur les suites du mouvement.

I&AL : Vu de l’extérieur, on a quand même senti que le mouvement avait du mal à se lancer, non?

Numa : Carrément! Au niveau lycéen on n’ a jamais réussi à dépasser les 5000 en manif avant les vacances de Pâques, à peu près…

Léo : Mais quand même, sur la durée ça a tenu, on n’ a pas « rien fait » depuis février, y a eu des actions et ça rompt radicalement avec ce qui se passait pendant « Pécresse » où ça n’a duré que 2 mois maxi.

I&AL : Donc là, après quelques mois passés, on sent encore chez les lycéens, une volonté de continuer le travail commencé avec les étudiants à l’automne, je me trompe?

Léo : Ben déjà, c’est grâce à ça, qu’on a été mis au courant sur les lois, ils nous ont aidés techniquement en nous prêtant des mégaphones, pour organiser des AG, ils ont fait des interventions pendant les AG et ça a été déterminant.

I&A : Vous disiez qu’il y avait des bons rapports avec les parents d’élèves, l’administration, les profs?

Léo : Avec ce mouvement-là, contre les suppressions de postes, on a eu vraiment du monde derrière nous. L’administration, elle ne disait rien mais c’était déjà le signe qu’elle acceptait notre lutte, y avait les parents d’élèves, les profs, alors que pendant « Pécresse » y avait que nous.

Numa : L’administration, elle était avec nous au début mais dès qu’il a fallut durcir le mouvement, elle s’est affolée, ils nous courraient après, « non non!… Arrêtez-vous!… ».

I&AL : Dès le départ, vous avez eu une affirmation politique anarchiste dans le mouvement?

Léo : Oui! Oui!

Numa : Dans ce mouvement oui, on s’est clairement revendiqués, on proposait dans les AG qu’il y ai des mandats impératifs, et que ce soit des mandatés de l’AG qui portent les revendications à l’administration par exemple.

I&AL : Et votre appartenance politique comment elle était perçue par l’ensemble?

Léo : C’est vrai qu’il y a toujours des personnes qui ont des clichés sur les anarchistes donc ils sont toujours répulsés par nous mais à force d’en parler, de parler avec les gens sur nos idées, on a peut être permis de changer certains avis et de fait certaines personnes nous ont rejoints et elles constituent un noyau assez conséquent aujourd’hui sur le lycée Aragon.

Numa : il y a même des personnes qui se disaient apolitiques et qui ont découvert involontairement que leurs pratiques correspondaient à celles qu’on proposait souvent et qu’il leur manquait juste un terme à poser dessus.

I&AL : La nécessité de se tourner vers l’anarchisme organisé, vers une organisation politique ou syndicale a-t-elle était évidente?

Numa : Il faut dire que quand on est lycéen agir en « autonome » c’est dur, et en plus on se rend compte que tout seul on peut rien faire.
Léo : C’est pour ça qu’au début on a cherché rapidement des contacts, avec la CGA ou la CNT pour voir ce qu’ils faisaient de leur côté et comment ils pouvaient nous aider, voir ce qu’on pouvait faire ensemble.

I&AL : Personnellement, comment en êtes-vous venues à l’anarchisme?

Numa : C’est assez vieux… Au début je me suis plus tourné vers l’extrême gauche mais quand j’ai vu les méthodes de ces partis, à la LCR et tout ça, ça m’a pas trop plu. Je me suis un peu cultivé justement sur des mouvements comme la révolution Russe en 1917 ou les pratiques trotskistes sont bien visibles et je me suis dis que là ça le faisait pas…

I&AL : Et concrètement, dans la lutte, ces pratiques tu as pu les rencontrer?

Numa : Ah oui… Là (rires), là on voit qu’ils ont rien perdu du tout! La LCR c’est, « cassez-vous avec vos drapeaux noirs ou on vous défonce la gueule! ».

I&AL : Vous aviez créé une Coordination des Lycées Toulousains (CLT), chose très intéressante d’un point de vue anarchiste, fédéraliste, est-ce que ces attitudes ont eu des répercutions jusque-là?

Léo : C’est vrai que c’était un outil très intéressant, parce que ça nous a permis de nous coordonner entre lycées.

Numa : Mais c’était dans un but plus pratique que politique… La répartition était assez équilibrée entre anarchistes et trotskistes, et y avait des « autonomes » plus ou moins bourgeois ou radicaux selon les lycées. Ce qui nous amenait à faire des actions pratiques avec des objectifs politiques très limités. Car ça avait du mal à passer. En plus, très souvent, les JCR ne respectaient pas les mandats des AG de la CLT donc…

Léo : Ça n’allait pas au-delà du mouvement, ça ne s’inscrivait pas dans la durée.

I&AL : Et toi Léo, comment tu es venu à l’anarchisme?

Léo : Moi, personnellement, c’était il y a quelques années, j’étais encore au collège, et avec un ami, on avait les mêmes idées politiques et on avait dès le départ essayé de créer un petit journal pour y mettre toutes nos idées, des projets pour la vie future, comment on pouvait organiser mieux la société pour pas qu’elle soit dans le bordel dans lequel elle est. Puis au fil du temps je me suis aperçu que c’était assez proche de l’anarchisme, donc après je me suis cultivé, un peu comme Numa, j’ai lu pas mal de trucs, pas mal d’articles sur ce que c’était, sur les idées et puis voilà.

I&AL : Donc, en lisant des journaux, des productions anarchistes comme des livres…?

Léo : Ouais voilà, mais surtout grâce à internet.

Propos recueillis par Hervé du groupe Albert Camus de Toulouse.